Mikel Etxebarria, Radiokultura
« Les NTIC permettent d’être innovant, rapide avec un support matériel très léger »Mikel Etxebarria est journaliste à Radiokultura.com qui a fait le pari de l’innovation et de l’excellence radiophonique en créant une des toutes premières radios émettant exclusivement sur l’Internet. Récompensé en 2006 par le programme européen LEADER+ comme l’un des vingt meilleurs projets de l’hexagone, la radio bilingue (basque et français) qui ne diffuse que sur l’Internet illustre les potentialités que nous offrent les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). Sise à Bonloc (Labourd), cette association qui, outre les bénévoles et les collaborateurs, compte deux salariés et un emploi à mi-temps démontre que les NTIC sont aussi des moyens de désenclaver les territoires. Tout d’abord, pourriez-vous nous expliquer ce qu’est radiokultura.com ? Y-a-t-il un projet derrière cet outil du monde des média ? Dès le départ, nous nous sommes donc demandé comment atteindre les gens qui ne parlent pas l’euskara mais qui vivent pourtant ici. Comment les sensibiliser à une culture et un environnement qui est partout présent, qui pourrait se révéler une richesse culturelle supplémentaire pour eux, une ouverture d’esprit… Pour ces personnes qui côtoient la culture basque sans la comprendre et y participer, comment les y intégrer ? Qu’il s’agisse de sport, de danse, de chant etc. comment les y amener ? S’ils le souhaitent bien évidemment car il ne s’agit pas d’autre chose que de donner les moyens d’ouvrir des portes… Une radio est un média qui permet de donner les clés à ceux qui ont la curiosité d’ouvrir ces portes. En effet, il y a même d’abord un projet. Le point de départ de l’initiative d’une nouvelle radio a été de chercher à donner aux gens qui ne parlent pas forcément le basque un média qui leur permette d’aborder sans préjugés, de manière ouverte tout un pan de la culture locale auquel ils n’ont pas accès naturellement, parce qu’ils ne sont pas directement originaires de la région ou qu’ils n’ont pas eu l’occasion de l’aborder… Comment vous est venue l’idée d’une radio « on line » ? Notre volonté est ainsi de promouvoir une vision vivante et sincère de la culture locale sans tomber dans le piège éculé du folklorisme. Et le meilleur moyen qui nous a paru pour ce faire a été d’opter pour un média de communication « léger » et convivial, la radio. Pour nous, la radio est un outil qui nous permet de casser la marginalisation. La radio permet d’élargir les visions, de se cultiver, de s’ouvrir vers le monde… Nous voulions un média facile d’accès qui ne contribue pas à entretenir d‘ostracisme. L’aspect convivial de la radio, le fait qu’elle nous permet de faire quelque chose tout en l’écoutant, de bricoler, de travailler etc. est important pour le type de message que nous cherchons à transmettre. Mais d’autres radios existent déjà localement… Alors oui, ici localement, il y a effectivement des radios locales. Or, elles ont fait le choix d’une langue de communication unique. Par exemple Gure Irratia ne diffusait qu’en basque, France Bleu Pays basque essentiellement en français… De notre côté, nous avons cherché à marier les deux car ces deux univers linguistiques se partagent un même territoire. Nous ne voulions pas non plus entrer dans une logique concurrentielle avec ces radios. Ce n’est pas notre propos. Et au bout du compte, il n’y a d’ailleurs pas de concurrence réelle. Il n’y a pas que la question de la langue de communication qui nous permet d’être à part. Nos contenus sont très différents. Par exemple, nous ne cherchons pas à coller à l’actualité. Nous ne traitons pas l’actualité quotidienne, qui est la plus exigeante et la plus couteuse, nous donnons la parole aux personnes que nous interrogeons, nous offrons des témoignages, un peu dans l’esprit de la radio ou la télévision du groupe Arte, en essayant d’intervenir le moins possible. En cela, nous sommes donc très complémentaires face à ce que diffusent Gure Irratia, France Bleu Pays basque ou d’autres radios depuis le Pays basque ou ailleurs. D’où le nom de la radio, radiokultura ? Oui. Notre volonté première est de mieux appréhender la langue et la culture basque et cela suppose de permettre aux habitants du Pays basque d’avoir une meilleure connaissance de la diversité culturelle du territoire. Notre idée est de relater la vie des acteurs locaux, des habitants.., de retranscrire leur vie, de donner à connaître leur histoire, celle des lieux que nous connaissons, que nous croyons connaître ou que nous ignorons et que nous découvrons ensemble… Il ne s’agit pas d’être un nouveau média plus ou moins politique, nous cherchons à offrir des témoignages, à laisser la parole aux interlocuteurs. Notre volonté est aussi de donner du sens en laissant la parole aux gens. Il s’agit donc d’une dimension très ouverte de la notion de culture, kultura. Le choix d’un média radio a semblé presque s’imposer à vous. Comment avez-vous fait le choix de n’émettre que sur le Web ? Il y a deux raisons à cela. Ou plutôt d’un problème nous avons fait une solution. La première est qu’il est assez compliqué d’obtenir une fréquence radio en France, ce peut être très long etc. Alors, et c’est in fine la deuxième raison, nous avons vu que les NTIC nous offraient des possibilités très concrètes de mener à bien notre projet. Les NTIC permettent d’être innovant, rapide avec un support matériel très léger. Ce sont également des outils très souples, les NTIC peuvent nous permettre d’évoluer vers autre chose si c’est la voie que nous devons entreprendre. C’est d’ailleurs ce que nous avons défini au moment de la création en novembre 2005, notre objectif est d’abord modeste mais à réajuster. C’est un projet très innovant, au moment du lancement de radiokultura.com seul la radio du Groupe ARTE (arteradio.com) s’était lancée sur ce créneau, n’est-ce-pas ? C’est vrai. Mais tout cela ne s’est pas fait en un jour ! Avant de véritablement lancer le projet, nous avons bien pris un an voire un an et demi pour réfléchir. Disons que depuis 2004, nous avons commencé à regarder ce qu’il se faisait ailleurs. Et à l’époque, les radios n’émettaient pas encore sur Internet comme aujourd’hui ! On oublie vite mais à l’époque, en 2002-2003, il n’y avait qu’une seule véritable radio qui émettait sur le Net : www.arteradio.com. Aujourd’hui, on a un peu oublié car on a l’impression que tous les programmes sont disponibles, en direct ou à la demande, avec RMC, France Inter etc. et qui plus est, il s’agit surtout de la diffusion de la bande FM sur le Net. Comme je viens de le dire, à l’époque, ce n’était pas aussi répandu. Nous avons visité « Cognac-Jay » à Paris, l’immeuble de Radio France. Nous avons eu le soutien moral du Groupe ARTE (arteradio.com) à Strasbourg qui s’était également lancé sur ce créneau, et qui pour nous, reste la référence technique. D’ailleurs, Sylvain Gire l’un des co-fondateurs d’Arteradio en septembre 2002 est parmi nos plus ardents supporters. Ils ont compris notre démarche et la complexité que nous avons à gérer un site en bilingue, le leur étant d’ailleurs monolingue. Vous offrez donc une vraie plus-value en termes de contenu ? Justement, nous cherchons à adapter notre contenu à trois questions qui nous semblent nécessaires de prendre en compte. Je le résume autour des trois questions suivantes. 1. Que veut-on sur une radio web que l’on ne trouve pas sur une radio classique ? Nous pensons que ce que nous pouvons offrir c’est le choix. Un choix quasiment « perpétuel », rendu disponible à l’infini. L’auditeur a la liberté de gérer ses horaires. Il dispose d’une « radio à la carte » renouvelée sur le site selon trois dispositions : les documents les plus récents en premières pages, ceux des deux derniers mois, et dans les archives tous les documents audios sont laissés à la disposition du web-auditeur. 2. Quel est le type d’auditeur que nous touchons ? Il faut que ce soit très dynamique, court. Les entretiens ne doivent pas excéder 15 à 20 minutes. 3. Quel type d’émission veut-on faire ? Comme pour une radio classique ? Le premier principe est l’enquête, avoir un discours court et pour ce faire, et c’est le deuxième principe, le journaliste, ou celui qui interpelle les gens, doit s’effacer. Cela donne un produit frais. Ensuite, en termes de fonctionnement interne à la radio, il n’y a pas d’obligation de remplir le contenu sur 24H comme ce peut être le cas sur une radio classique. Nous n’avons donc pas de grille imposée à remplir de manière hebdomadaire. Nous qui sommes une toute petite structure, des bénévoles, des collaborateurs et 2,5 salariés à proprement parlé, c’est un gage de qualité car on peut passer environs 4 à 5 heures par sujet. Ce qui se ressent dans le rendu des programmes. Cette notion de qualité semble très importance tant dans l’ensemble de votre travail. Vous évoquez la qualité des contenus, à travers les montages et la numérisation des contenus, c’est également vrai pour la clarté de votre site Internet. |
Avez-vous des échos favorables face à ces efforts ? Radiokultura étant un moyen de communication, nous ne pouvons faire le bilan de l’année écoulée sans citer les émissions et reportages proposés en 2007. Comme depuis le début, le but de cette année a été d’offrir des sujets variés et de qualité. Un grand travail de montage est réalisé afin de proposer la meilleure qualité sonore de diffusion : tous les entretiens sont effectués avec la présence physique de l’invité. Nous ne réalisons pas d’enregistrements téléphoniques ! Et le montage se fait en utilisant les techniques les plus modernes. Ce concept nécessite un grand investissement de temps de travail qui est tout à fait impensable dans une radio « traditionnelle ». Pour donner un exemple très concret, un reportage de quinze minutes, nécessite souvent 4 ou 5 heures de montage. Comme nous l’avons constaté en cette année 2007, ce choix ne signifie pas une offre anodine. En 2007 nous avons proposé 638 reportages et émissions musicales. A titre de comparaison, ArteRadio, qui reste la référence parmi les radios sur internet, a produit 206 reportages durant cette même période. Et même si notre particularité est de pouvoir juguler des contenus à la fois en basque et en français, nous obtenons de très bons chiffres. En 2007, nous avons mis à disposition 284 reportages et émissions musicales en français, ce qui représente 45% de nos contenus. Autrement dit, 55% de ce que nous proposons est en euskara, qu’il s’agisse de reportages ou de contenus musicaux. Cela représente 354 programmes. Nous comptons également 118 reportages en langue basque produits par d’autres radios (18%) que nous retravaillons. Au total, en propre, nous produisons plus de 500 programmes ! 520 précisément en tant que Radiokultura, c’est-à-dire que 82% de ce que nous diffusons est directement produit par la radio. Ce sont de très bons chiffres. Pour être tout à fait exhaustif, si l’on veut mesurer la présence de l’euskara sur Radiokultura il faut ajouter la section des Cours de basque et le Fil Musical qui est composé exclusivement de créateurs basques. Sur le Fil Musical pratiquement 100 % des chansons son interprétées en basque. Compte-tenu de cette exigence de qualité que vous avez, on peut se demander si économiquement, Radiokultura un projet facile à conduire. Aujourd’hui doit-elle évoluer pour se pérenniser ? Nous avons fait le choix de fonctionner sans publicité. Nous bénéficions de subventions publiques de l’Europe, auparavant du gouvernement basque (Espagne), aujourd’hui nous avons comme partenaire l’Office Public de la Langue basque… Nous bénéficions également d’emplois aidés. Donc économiquement cela reste assez difficile. Pour le dire clairement, nos deux objectifs aujourd’hui sont d’une part, de fiabiliser économiquement la démarche et, d’autre part, de communiquer sur le projet, sans le dénaturer par le reste des évolutions NTIC que l’on peut observer. Je crois d’ailleurs qu’il faut se garder de se griser par ce que nous faisons et par ce que d’autres font. Nous pourrions être tentés de mettre de contenus vidéo, de répondre à ce que d’autres peuvent produire aujourd’hui. Mais un site web demande une vraie gestion, un vrai investissement financier, une véritable administration. Au moment de la mise en place du site nous avons fait appel à un professionnel pour répondre à l’exigence de qualité et à la complexité du projet. Evoluer demanderait aussi une vraie réflexion et un soutien adapté à ce que nous voudrions faire. Mais pour l’instant, on effectue une veille et nous gardons les caps que nous nous sommes définis. Et si certains peuvent les juger comme modestes, c’est justement ce que nous voulons : rester modestes si cela nous permet d’être efficaces. |

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